La Salvia divinorum (sauge des devins) est une plante appartenant aux nombreuses espèces de sauge (salvia). Elle doit son nom aux effets qu'elle génère. Il s'agit d'une plante aux effets hallucinogènes et psychédéliques décrits, par certains usagers, comme uniques et différents de ceux des substances classiques telles que le LSD, le psilocybe ou autres...
Elle a été longtemps utilisée par les Indiens Mazatèques de la province d'Oaxaca au Mexique lors des rites religieux ou des cérémonies de guérison.
La plante renferme plusieurs composants : la salvinorine A, la salvinorine B et la salvinorine C. La salvinorine A étant le principe actif le plus puissant et probablement le seul à l'origine des effets (lactivité des 2 autres substances, quantitativement moins importantes, nest pas encore démontrée) (Valdes, 2001).
Plusieurs modes de consommation sont décrits. Traditionnellement, les feuilles sont mâchées, chiquées ou infusées. Les feuilles séchées peuvent être fumées ou reconstituées par de l'eau puis secondairement mâchées. Pour avoir un effet optimal, l'utilisation d'une pipe à eau est conseillée pour maintenir une température élevée pour que la salvinorine A puisse être active. Cette substance est mieux absorbée par la muqueuse buccale que par la muqueuse gastro-intestinale. Elle possède un goût amer qui occasionne une hypersalivation.
Lintensité et la cinétique des effets psychiques sont dépendants du mode de préparation, de la voie dadministration et de la quantité de substance consommée. Ils débutent en quelques secondes et durent de 15 à 20 minutes, lorsque les feuilles sont fumées ou 20 minutes à une heure quand elles sont mâchées. La dose de 200 micro-grammes en inhalation est considéré comme seuil effectif dans la production des troubles (Siebert, 1994).
Les effets réalisent un trip qui évolue graduellement en 6 étapes fonction de la quantité de substance absorbée. On décrit une échelle du trip de S-A-L-V-I-A dont chaque lettre correspond à un degré croissant des troubles (source :Salvia Divinorum FAQ par Sage Student) :
S : pour "effet subtil" : c'est la première phase du trip réalisant un état de relaxation avec des effets légers comparés à ceux produits par de faibles doses de marijuana,
A : pour "perception altérée" : phase de modification des processus de pensées durant laquelle on décrit une appréciation renforcée de la musique avec modification discrète de l'espace.
L : pour "léger état visionnaire" : effets psychédéliques, perception d'images, les yeux fermés, souvent bidimensionnelles apparaissent à ce stade. Il s'agit d'un état proche de l'hypnose mais avec maintien d'une perception intacte de la réalité,
V : pour "état visuel" : les yeux fermés, le sujet entre dans un état de rêve, amorce un voyage chamanique (trip) à travers le monde et les âges avec des images tridimensionnelles. C'est l'état du tapis volant. L'état de conscience reste encore lucide,
I : pour "identité altérée" : il y a perte d'identité personnelle avec expériences mystiques et fusion avec d'autres objets ou avec l'univers,
A : pour "anesthésie" : cet état s'observe lors de la consommation de fortes doses de la substance. C'est la perte de conscience durant plusieurs minutes avec possibilité de somnambulisme et passage à l'acte. Une amnésie secondaire est observée.
La salvinorine A est un diterpène dont le mécanisme pharmacologique à l'origine des effets hallucinogènes reste encore à démontrer. Elle ne semble pas agir sur les récepteurs classiques (5-HT2A) des hallucinogènes habituels tels que la phencyclydine et structurellement elle s'en distingue totalement. Les études testant d'autres récepteurs se sont également avérées négatives (Siebert, 1994).
Récemment, Roth a démontré que la salvorine A agirait comme un puissant agoniste sélectif des récepteurs opioïdes kappa. Ces récepteurs sont déjà connus pour leur rôle dans l'analgésie, la sédation mais également dans les troubles psychiques psychodysleptiques à fortes doses (Magistretti, 1998). Des études cliniques sur des volontaires sains, testant les effets de deux agonistes sélectifs des récepteurs opioïdes kappa (benzomorphane et l'énadoline), ont permis de préciser ces manifestations psychiques. Les troubles décrits varient de la simple confusion aux phénomènes de dépersonnalisation, déréalisation et distorsions visuelles avec troubles de la perception corporelle, spatiale ou temporelle (Pfeiffer, 1986 ; Walsh, 2001).
L'usage actuel des substances psychédéliques quelles soient naturelles ou synthétiques, ne s'intègre pas dans un contexte chamanique mais se rapprocherait plutôt à un usage récréatif ou expérimental à l'échelle individuelle. Il poursuit un but de transcendance, d'expérience imaginaire et exploratoire généralement en dehors de tout contexte cérémonial.
En France, l'Observatoire Français des Drogues et Toxicomanies (OFDT) signale l'émergence de l'usage des produits naturels hallucinogènes, dont la Salvia Divinorum, dans le sud de la France depuis 2001 (Bello, 2002).
On pourrait s'attendre à la diffusion plus ou moins rapide et importante de la sauge divinatoire en raison de la notion de "produit naturel" (supposé être sans risque) et du statut actuel non contrôlé de cette plante. Celle-ci pourrait supplanter des substances synthétiques, notamment amphétaminiques, en raison, entre autres, du risque de toxicité notoire de ces dernières.