Opiacés : Introduction
Dans un moment où les médias, les milieux politiques, les responsables et les praticiens débattent largement d'un sujet, dès lors supposé connu, on peut se demander quelle est la nécessité d'organiser une conférence de consensus sur un thème touchant à l'usage des drogues.
Trois arguments ont conduit les professionnels à organiser cette conférence :
- L'effet de masse qui a transformé une question clinique délicate en un problème majeur et semble-t-il, croissant de santé publique
- La complexité des situations des personnes dépendantes des opiacés en particulier la multiplication inquiétante des polytoxicomanies ; la confusion troublante entre dépendance à des drogues illicites, à des médicaments, ou à des produits utilisés dans le cadre de la substitution
- Les difficultés rencontrées par les professionnels, et l'entourage des patients à assumer leurs activités quotidiennes et à se rencontrer sur des repères et indicateurs communs.
Le rejet des " cures de désintoxication " rapides et imposées, et leur échec, l'engouement pour les mesures de réduction des risques, ont logiquement conduit à se réinterroger sur la place des sevrages et du sevrage dans une prise en compte des souffrances des patients et des difficultés des soignants.
Le jury a été mandaté pour fournir des recommandations médicales. À ce titre, il paraît nécessaire de ne pas continuer à confondre - y compris dans les sigles officiels - les " usagers de drogues ", consommateurs dans une société donnée, et les " personnes dépendantes de substances psychoactives ", qui présentent un trouble du fonctionnement psychique.
Le jury a été frappé des glissements sémantiques dans l'usage des termes techniques, et a donc dû se poser les questions centrales des concepts utilisés, des théories et idéologies de référence, avant de préciser et de détailler des modalités de sevrage.
L'essentiel de notre tâche a été de suivre, en deçà et au-delà des modalités techniques, le cheminement des patients souffrants, un des paramètres de cette souffrance étant la difficulté collective à leur procurer un lien social assez fort.
La dépendance ou l'aptitude à la dépendance qui est au premier plan de la situation des personnes concernées ne se résume pas à la description des conduites ou des comportements. Elle s'intègre à l'ensemble du fonctionnement psychique du sujet, et dans son évolution passée et à venir.
Dans ces conditions, le sevrage ne peut trouver sa place que dans le cadre d'une prise en charge globale, continue ou discontinue.
Le choix de l'objectif, de la forme, du moment du sevrage est étroitement lié à une analyse multidimensionnelle de la situation personnelle médicale, psychiatrique et sociale du sujet, donc un travail d'équipe.